La rentrée scolaire

La rentrée scolaire à travers l'histoire du monde

 

En ce moment un peu partout dans le monde, et aussi chez moi, les vacances laissent déjà apparaître l’ombre de la rentrée (je te dis ça car j’écris ceci début août). On pense aux fournitures, aux vêtements, aux cahiers, aux nouveaux rythmes, à la reprise des habitudes, et à cette petite tension familière qui accompagne le retour à l’apprentissage. Mais cette scène, que nous croyons souvent naturelle, est en réalité le produit d’une longue histoire : celle des sociétés qui ont organisé, chacune à leur manière, la transmission du savoir bien avant l’école moderne. Autrement dit, la rentrée n’est pas seulement un rendez-vous scolaire ; c’est l’héritière d’une très ancienne volonté de structurer le temps, les corps et les esprits autour de l’apprentissage.

 

 

Avant que la rentrée ne devienne un rituel national, presque automatique, il a fallu que des sociétés inventent quelque chose de plus ancien encore, des lieux, des temps et des méthodes pour transmettre le savoir. Les premières écoles ne naissent pas d’un seul centre du monde, ni d’une seule civilisation ; elles apparaissent là où l’écriture, le pouvoir et la mémoire rendent nécessaire une formation structurée.

 

https://journals.openedition.org/civilisations/734 
https://www.espacefrancais.com/invention-ecole-histoire-legende/ 
https://atelier-canope-19.canoprof.fr/eleve/Formation%20initiale%20et%20continue/Formes_scolaires/Innovation_pedagogique/activities/Innovation_pedagogique.html

 

 

Une affaire de quelques mains
 

Les premières formes d’enseignement dont nous gardons la trace n’avaient ni tableau ni pupitre, mais des tablettes d’argile encore humides. En Mésopotamie, il y a près de quatre mille ans, des enfants s’asseyaient dans ce que l’on appelait lé-dubba, la « maison des tablettes », pour apprendre l’un des savoirs les plus exigeants de leur temps : l’écriture cunéiforme. On commençait par le plus simple, aligner les clous, ces signes en forme de coin que le roseau imprimait dans la terre molle, puis on recopiait, encore et encore, jusqu’à ce que la main finisse par obéir. C’était long, austère, et cela ne s’adressait qu’à une minorité, les fils de l’élite, de familles influentes ou de milieux administratifs. Apprendre à écrire n’était pas un droit. C’était un privilège.

 

À quelques siècles et quelques frontières de là, l’Égypte ancienne raconte une histoire assez proche. On y formait les futurs scribes dans des écoles liées aux temples et aux espaces du pouvoir, où l’on apprenait à tracer les signes, à calculer, à rédiger les actes de l’administration. Là encore, la porte ne s’ouvrait pas à tout le monde. Elle accueillait d’abord les enfants de la noblesse, des hauts fonctionnaires et du clergé, avant de s’élargir progressivement, à mesure que le royaume avait besoin de personnes capables de tenir ses comptes et de faire fonctionner ses institutions.

 

Dans ces sociétés, l’école ne cherche donc pas encore à accueillir toute une génération. Elle sélectionne celles et ceux qui pourront manier les outils du pouvoir. Le savoir écrit circule, mais dans des espaces restreints, entre quelques mains capables de le conserver et de l’utiliser.

 

 

S'élever par le savoir
 

En Chine impériale, le savoir devient progressivement un instrument de sélection administrative. Sous la dynastie Sui, à partir du VIIᵉ siècle, l'État met en place un système d'examens qui sera développé par les dynasties suivantes et qui perdurera, avec des transformations, jusqu'à son abolition en 1905. Pendant près de treize siècles, les candidats sont évalués principalement sur leur connaissance des classiques confucéens, leur maîtrise de l'écriture et leur capacité à composer selon des règles précises.

 

Le principe introduit une possibilité nouvelle, l'accès aux fonctions publiques ne repose plus exclusivement sur la naissance ou l'appartenance à une famille influente. En théorie, la réussite aux examens peut permettre à un homme issu d'un milieu moins privilégié d'intégrer l'administration impériale. En pratique, la préparation exige du temps, des maîtres et des ressources, ce qui favorise les familles capables de financer de longues études. Le système ne supprime donc pas les hiérarchies sociales ; il leur superpose un autre critère de distinction, fondé sur la maîtrise reconnue de certains savoirs.

 

Dans le monde islamique médiéval, l'organisation de l'apprentissage repose sur d'autres institutions. Le kuttab, ou maktab, dispense une instruction élémentaire, lecture, écriture, mémorisation du Coran et, selon les lieux, premiers éléments de calcul. La madrasa accueille quant à elle des étudiants plus avancés et se consacre notamment à l'étude du droit, de la théologie et des disciplines liées aux sciences religieuses. Elle ne constitue donc pas exactement l'équivalent de l'université moderne, même si elle joue un rôle essentiel dans la formation des lettrés et des juristes.

 

À Fès, la mosquée fondée en 859 par Fâtima al-Fihri devient progressivement un important centre d'enseignement. Connue sous le nom d'Al Quaraouiyine, elle est aujourd'hui considérée comme l'une des plus anciennes institutions d'enseignement supérieur encore en activité. Son histoire rappelle toutefois que les catégories contemporaines (école, université, enseignement supérieur) ne se superposent pas toujours aux institutions du passé.

 

Dans d’autres traditions de l’Inde ancienne, l’accès au savoir reste au contraire étroitement lié à l’organisation sociale. Le système du gurukula, fondé sur la relation entre un maître et ses disciples, réserve principalement l’enseignement religieux et les études savantes aux groupes privilégiés, tandis que les populations situées au bas de la hiérarchie sociale et les femmes en sont souvent écartées.

 

D’un monde à l’autre, l’apprentissage peut donc devenir un moyen d’accéder à une fonction, à un statut ou à une forme de reconnaissance sociale. Mais aucune de ces institutions ne rend le savoir universellement accessible, chacune détermine les connaissances légitimes, les candidats autorisés à les acquérir et les positions auxquelles elles permettent éventuellement d’accéder. Selon les lieux et les époques, la porte de l’apprentissage s’ouvre donc différemment de par la naissance, la réussite à une épreuve, l’appartenance à un groupe ou, plus souvent, au prix d’exclusions que les sociétés présentent comme naturelles.

 

 

Lorsque l’école devient une obligation
 

Pendant longtemps, l’instruction reste liée à des institutions particulières, à des milieux sociaux ou à des fonctions précises. Elle peut former des scribes, des lettrés, des religieux ou des administrateurs, mais elle ne concerne pas encore l’ensemble d’une population. Il faut attendre l’époque moderne pour qu’un État entreprenne d’organiser la fréquentation scolaire à grande échelle.

 

La France n’est pas la première à franchir cette étape. En Prusse, une ordonnance rend l’instruction obligatoire dès 1717. Cette obligation est renforcée sous Frédéric II par le Generallandschulreglement de 1763, qui demande aux parents d’envoyer leurs garçons et leurs filles à l’école à partir de cinq ans, jusqu’à treize ou quatorze ans. Le texte ne se contente pas de proclamer un principe ; il précise les âges, la durée de la fréquentation, les horaires et les contenus attendus.

 

L’école prussienne n’est pas encore l’école universelle, gratuite et laïque que nous associons aujourd’hui au service public. Elle reste liée aux autorités religieuses et vise notamment à former des sujets capables de lire, d’écrire, de compter et de comprendre les enseignements chrétiens. Mais une transformation décisive est déjà engagée, l’apprentissage devient une responsabilité encadrée par l’État, et non plus seulement une affaire de famille, de communauté ou de vocation.

 

En France, les lois Ferry de 1881 et 1882 donnent à cette transformation une autre forme. La loi du 16 juin 1881 établit la gratuité de l’enseignement primaire public ; celle du 28 mars 1882 rend l’instruction obligatoire pour les filles et les garçons de six à treize ans et affirme la laïcité de l’enseignement public.

 

Ce qui change alors n’est pas seulement le nombre d’enfants concernés. C’est aussi le rapport au temps. L’apprentissage s’inscrit dans un calendrier commun, avec des âges de début et de fin, des horaires, des vacances et des passages d’une classe à l’autre. La rentrée scolaire devient progressivement un moment collectif où chaque année, des millions d’enfants retrouvent les mêmes dates, les mêmes obligations et, au moins en principe, le même droit à l’instruction.

 

La rentrée que nous connaissons aujourd’hui n’est donc pas une survivance directe des premières écoles de Mésopotamie ou d’Égypte. Elle est l’aboutissement d’une autre histoire, celle de la prise en charge progressive de l’instruction par les États et de la transformation du savoir en obligation collective.

 

Ce rituel paraît naturel parce qu’il règle désormais une grande partie de nos vies. Il est pourtant récent, et il résulte de choix politiques, administratifs et sociaux précis. Derrière ce calendrier que nous suivons presque sans y penser, il y a une longue histoire de décisions, de transmissions et de gestes répétés. Nous en sommes les héritiers, même lorsque nous ne savons plus qui les a commencés.

 

 

Les mains qui nous précèdent
 

Je me surprends parfois à croire que je devrais savoir tout faire seule. Comprendre seule, trouver des solutions seule. Comme si chaque idée devait naître dans ma tête sans avoir été préparée par qui que ce soit. Puis je repense à tout ce que je porte sans toujours savoir d’où cela vient : une phrase qui m’accompagne, une méthode apprise autrefois, une façon de regarder les choses, un courage reçu presque par accident.

 

Nous avançons avec des gestes qui ne nous appartiennent pas entièrement. Quelqu’un nous a montré, expliqué, encouragé. Quelqu’un a peut-être échoué avant nous, recommencé, insisté, et laissé derrière lui une petite ouverture par laquelle nous avons pu passer. Nous ne savons pas toujours qui remercier. L’aide s’est parfois transmise sans nom, à travers une conversation, un livre, un souvenir ou une présence discrète.

 

Cela ne retire rien à ce que nous faisons. Je n’ai pas besoin de prétendre que tout vient de moi pour être fière du chemin parcouru. Une partie de ce que je suis m’a été donnée, une autre s’est construite lentement, dans les rencontres, les lectures et les erreurs. Et ce que je laisserai derrière moi ne sera peut-être pas grand-chose. Une phrase, une idée, un geste. Mais il se pourrait que cela suffise à quelqu’un pour ne pas avoir à commencer entièrement seul.

 

 

Une citation pour réfléchir
 

« La connaissance est comme un baobab : personne ne peut l'entourer de ses deux bras. »

Proverbe akan (Ghana)

 

 

06/09/2026

Des Mots et des Réflexions

 

 

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