Le rapport au temps

Sociétés traditionnelles
vs
sociétés modernes

Qu’est-ce que le temps ?

On en donne trop et on en manque toujours. On le poursuit comme s’il fuyait exprès et on le gaspille parfois sans même s’en rendre compte. On dit “je n’ai pas le temps” alors que chaque matin il revient posé devant nous comme une page blanche.

Ce matin encore, je me suis surprise à répéter cette phrase en cherchant ma clef de voiture.

“Je n’ai pas le temps.”

Comme si le temps s’était caché quelque part dans la maison.

J’ai ouvert la fenêtre et j’ai vu un voisin arroser ses plantes lentement, comme s’il n’avait rien à prouver à personne. Pendant que moi, dans ma tête, j’étais déjà en train d’enchaîner la liste : obligations, messages, choses urgentes, choses “à faire absolument aujourd’hui”, et le reste qu’on repoussera au lendemain.

Et c’est drôle, parce que c’est dans ces moments que je repense à l' “ancien temps”, enfin surtout à mes vacances d’enfance chez mes grands-parents. Là-bas, il n’y avait ni électricité ni eau courante, mais la vie semblait mieux réglée que n’importe quel planning.

On se levait avec le soleil (bon sauf quand le coq venait sous la fenêtre et on lui jetait toujours quelque chose mon frère et moi), on se couchait avec la nuit (sauf les jours où l’on se rassemblaient autour d’un feu avec mes cousins à se raconter des histoires qui font peur). On allait chercher l’eau au puit à dos d’âne, on préparait le repas, on parlait, on riait, on existait. Le soir, une simple lampe à gaz et les aller- retours chez les uns et les autres devenaient tout le programme.

Personne ne courait sauf quand un chien sauvage était derrière nous.

Personne ne disait “je n’ai pas le temps”.

On vivait.

 

Aujourd’hui, le temps s’est transformé en quelque chose qu’on traque, qu’on calcule, qu’on surveille comme une denrée rare.

Et quelque part entre l’ancien rythme et le nôtre, il y a cette sensation étrange d’être toujours en retard, même quand on est à l’heure.

 

Alors je me suis demandé :

à quel moment on a commencé à courir après le temps, au lieu de marcher avec lui ?

C’est peut-être là que commence l’histoire de notre rapport au temps.

 

Quand le temps tournait en rond

 

Autrefois, le temps n'était pas calculé, mais ressenti. Chaque événement avait son moment : la pluie, la moisson, le deuil, la fête. Le rythme de la nature guidait la vie humaine. Chez les Mayas, les Dogons, les Aborigènes ou dans la Grèce antique, on agissait au moment le plus approprié, ce que les Grecs appelaient le Kairos.

Dans cette vision cyclique, on ne cherchait pas à "gagner" des minutes : on vivait au rythme des saisons. Le passé ne disparaissait pas, il revenait régulièrement pour transmettre la mémoire à travers les histoires racontées aux nouvelles générations. Ce rapport au temps invitait à la patience, au respect des cycles, et à préserver les liens.

Puis un jour, l'homme a voulu maîtriser le ciel. L'horloge a remplacé le soleil. Le chant du coq est devenu réveil. Les rythmes des usines ont pris la place des moissons. Le temps s'est mis à filer comme une flèche, et il fallait la suivre ou se faire dépasser.

 

L'ère de l'urgence permanente

 

On s'est mis à valoriser l'efficacité, la productivité, la performance. Peu à peu, la notion d'urgence est devenue notre quotidien. Chaque minute compte. Vivre lentement paraît désormais synonyme de retard.

Les sociétés traditionnelles partageaient un rythme commun, marqué par le collectif et le sacré. Aujourd'hui, chacun suit le sien : notifications, agendas, échéances, tout s'organise autour d'une gestion individuelle du temps.

Pourtant, le temps ne se maîtrise pas : il s'écoute. Ce que nous avons vraiment perdu, ce n'est pas le temps lui-même, mais la capacité à l'éprouver.

 

Retrouver le tempo juste

 

Le mouvement Slow propose de sortir de cette course. Pas en freinant brutalement, mais en retrouvant un rythme équilibré : le Tempo Giusto. À chaque moment son tempo : prendre le temps de manger (Slow Food), de vivre la ville (Cittaslow), d'habiter son quotidien (Slow Living).

L'objectif n'est pas de ralentir pour ralentir, mais de dégager du temps pour ce qui est essentiel. Accepter que tout n'aille pas à la même vitesse. Que certaines choses prennent des années, d'autres un instant.

Ce temps qu'on croit "perdu" quand on s'arrête ? C'est souvent celui où l'on se retrouve. Parce que la lenteur n'est pas un défaut : c'est la respiration de l'âme.

 

 Respirer à nouveau dans le temps

 

Revenir à un rapport apaisé au temps est une forme de guérison. Pas forcément immédiate. Mais profonde.

Accepter que tout n'aille pas à la même vitesse, que certaines choses prennent des années comme un deuil, une reconstruction, un arbre qui pousse. D'autres un instant tel un sourire, une décision, une lumière qui change tout.

La résilience, on en parle souvent comme d'une force inébranlable, d'un rebond extraordinaire. Mais c'est aussi une souplesse. Celle qui permet de plier sans casser, de ralentir sans s'écrouler et de respecter son propre rythme, même quand le monde autour accélère.

Ce temps qu'on croit "perdu" quand on s'arrête ? C'est souvent celui où l'on se retrouve. Où l'on digère, où l'on intègre et où l'on laisse les choses se déposer en nous, comme la terre après la pluie.

Notre monde valorise la réactivité alors que la résilience demande parfois l'inverse : ne pas réagir tout de suite. Laisser mûrir. Attendre que la réponse vienne d'elle-même, au bon moment. Encore une fois on fait appel au Kairos ici.

Et peut-être qu’une partie de la résilience, au fond, c'est aussi ça, apprendre à respirer dans le rythme du monde, pas contre lui. Retrouver cette danse qu'on avait oubliée.

 

Une citation pour réfléchir

 

« La nature ne se presse pas, et pourtant tout est accompli. »

Lao Tseu

 

18/11/2025

Des Mots et des Réflexions

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